Cyr (Bass)

Réveillé à la vie très tôt un dimanche matin au cœur de la Somme, Cyr a compris sa vocation lorsqu'il avait 16 ans : produire des sons graves avec des cordes.

 

La basse électrique, qu'il a découverte à la croisée des chemins, a été fatalement son premier instrument et reste son instrument de prédilection depuis plus de 20 ans.


Entre temps, il a vendu son âme pour acquérir le groove, et c'est en tant que stakhanoviste du groove justement, que sans relâche il se plait à accompagner le chant, à donner une base solide pour la guitare, à souligner la mélodie du piano et à galvaniser la structure d'un morceau en binôme avec la batterie.
Partisan de la simplicité, de l'économie de moyens et du silence qui valorise les notes, il cultive un jeu au fond du temps qui fait l'éloge de la lenteur, tout en restant toujours prêt à asséner la note décisive.
Le Blues avec sa rythmique ternaire, son harmonie en 12 mesures, érigé en musique classique du XXIe siècle mondialisé est devenu pour lui une seconde nature.

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Interview

Salut Cyr comment ça va ?

Ça va super bien et toi ?

Pourquoi ce pseudo ?

CYR ? Simplement Cyrille en raccourci. That's all folks !!

Comment es-tu venu à jouer dans House Of Blues et depuis quand connais-tu les autres musiciens ?

Là ça devient sérieux !! Historiquement, si on remonte aux mérovingiens, le Blues n'existait pas. Donc je t'invite à faire un bon de plusieurs siècles dans l'avenir, pour nous retrouver dans le présent, ou plutôt dans le passé proche. Le Blues est déjà là depuis plus d'un siècle, Robert Johnson a déjà vendu son âme au diable, la légende est là, House of Blues n'est pas encore, mais il allait éclore à la face du monde et ça promettait d'être énorme. Avant HoB, je connaissais Yom (Guillaume) depuis quelques années déjà, car nous avions fait connaissance la plateforme d'échange musicale ZIKINF (message à caractère publicitaire : ZIKINF est un excellent site internet ! Allez-y !). Nous avions bœufé autour de quelques accords acoustiques composés de sa main. Depuis ce temps, nous nous étions presque perdus de vu sauf à se croiser de temps en temps devant un panier de légumes bio. Pour Jim Horse (Jérome), nous avions joué une fois lors d'une répète / casting (où je tenais la basse), pour un groupe Rock en évolution de personnel. Nous nous sommes aussi perdus de vu, mais le contact avait été sympa cette fois-là. Il était ouvert et à l'écoute, d'humeur positive. Nous avons donc gardé le contact et échangé nos coordonnées. C'est Jim qui m'a recontacté pour me proposer de prendre le rôle du seul musicien manquant, dans un groupe qui ne s'appelait pas encore House of Blues : le rôle de bassiste. Je l'en remercie d'ailleurs !! Je ne connaissais Simon et Fran (François) ni d'Ève, ni d'Adam ! (qui fait Adam ?) Belles rencontres, car tous ce petit monde fait de la musique qui parfois frôle le génie !!

De quel instrument joues-tu au sein de House of blues et quel est ton rôle sinon ?

Je joue de la basse électrique. Je dois en dire écrire plus ? De la basse électrique Fender 4 cordes. Ça suffit oui !!!?

Quand on parle de rôle, là ça devient encore plus sérieux !!! Le rôle du bassiste est de souligner l'harmonie via les notes graves qui indiquent la plupart du temps la note FONDAMENTALE des accords. J'explique : quand les autres musiciens (chant, guitare, piano) peuvent s'exprimer dans des solos ou jouer des accords, il faut quelqu'un, qui rappelle que les choses sont au final simples. C'est le rôle du bassiste. C'est primordial, car par une note il doit résumer simplement là où en est l'harmonie. Il doit aussi être en cohésion avec le batteur qui est le propulseur du tout par son énergie rythmique. On parle souvent du couple basse-batterie, dans la musique populaire moderne. C'est une vérité. Le bassiste doit savoir ne pas jouer et savoir laisser la place aux autres musiciens. Il n'est d'ailleurs pas donné à tout le monde de tenir la basse. Même si elle n'a que 4 cordes par rapport à la guitare et que par essence c'est un instrument dont on ne joue qu'une note à la fois (on dit : en arpèges), il faut être en phase avec le groupe, autant dans la partie rythmique (avec le batteur), que dans la partie mélodique (avec les autres instrumentistes) et lyrique (le chanteur).

C'est pour ça qu'on considère la basse est un instrument d'homme ou plutôt d'adulte et non pas un instrument de découverte (comme peut l'être plus volontiers la guitare). Pour avoir conscience du rôle de bassiste, il faut avoir acquis l'ascèse du vieux singe qui a su garder, sur sa branche, la même position en gardant le silence pendant au moins 20 ans avant de descendre de l'arbre. Il est alors empli à bloc de sagesse musicale. Il saura quand jouer et surtout quand NE PAS jouer. Le bassiste ne cherche pas la lumière, il cherche la cohésion du groupe et donc l'intérêt commun. Et dans ce cadre précis, il peut s'exprimer et sortir du cadre et par là montrer son talent.

Quel est ton parcours musical ?

Ça date d'il y a plus de 20 ans !! J'ai commencé par la basse. J'ai pris des cours avec un prof au début, sans solfège, avec tablatures. Mais voulant évoluer et sous l'impulsion familiale, j'ai pris des cours de solfège dans une école d'harmonie. C'était une approche sans instrument car la basse électrique n'est pas vraiment un instrument d'harmonie (incompatible avec le principe des défilés !!). De plus les partitions de basse sont en clef de Fa, c'était donc de l'initiation plus que de la théorie appliquée à l'instrument. C'était aussi très léger, j'étais le plus âgé de la classe, mais j'ai su passer outre mon orgueil de jeune adulte pour commencer par le commencement. Les seuls problèmes : l'aspect salle de classe avec des jeune des 6 ans jusque l'âge ingrat des ados me semblait un peu infantilisant, et SURTOUT ça n'allait PAS ASSEZ VITE à mon goût. J'ai aussi appris pas mal tout seul. J'ai décidé de ne pas rester dans l'ignorance du musicien, même lecteur, à qui on demande de jouer de son instrument et basta! sans comprendre "le système". J'ai donc acheté quelques bouquins sur l'analyse harmonique. Ça n'a rien à voir avec la technique de la basse elle-même, mais c'est extrêmement formateur sur le pourquoi du comment la musique fonctionne. Puis j'ai pris des cours de basse avec un prof sur Paris (merci Francis !) par correspondance (à l'époque avec des K7 audio). Ça a super bien fonctionné : lecture clé de Fa, travail quotidien sur le long terme, technique, précision… Mais quand il a fallu travailler et gagner ma vie, la rigueur du travail quotidien n'est pas toujours tenable. J'ai arrêté le travail quotidien. Finalement sans parler de rigueur quotidienne, j'y suis revenu par la force des choses. Il est parfois bon de confronter les deux mondes pour une plus grande polyvalence : d'un côté, la rigueur, lecture, travail de l’interprétation et de l'autre, le feeling, l'improvisation, les accords... C'est ma démarche depuis un bon moment.

Niveau groupes et ensembles, l'un de mes premiers groupe (sur Amiens, au milieu des années 90), a été les DOU-FOX qui est devenu à la fin des années 90 puis les Funky B (groupe Blues Funk Soul). Après une pose, puis une reformations encore plus dynamique et changement de personnel, le groupe survit difficilement au drame de perdre son chanteur Olivier dans un accident de moto. Difficile alors de continuer comme si de rien n'était, quand on a perdu l'âme SOUL, la voix, du groupe. Entre temps arrivé sur Abbeville pour le boulot (merci Fred !!), je suis rentré au Conservatoire à Rayonnement Intercommunal de l'Abbevillois (Abbeville dans Somme en Picardie) pour faire un peu de musique dans un environnement dédié et rigoureux. Atelier Jazz, atelier Impro, ouverture d'un cours de contrebasse. J'ai aussi joué "en famille" avec mes collègues photographe et graphiste. Le groupe n'avait pas vraiment de nom (en fait, il en a eu plusieurs) et nous n'avons fait qu'un ou deux concerts. C'était à la fois une histoire d'amitié et un prétexte pour se rencontrer en dehors des contingence du travail, en faisant de la musique ensemble. Luc , professeur de trombones, m'a proposé alors de faire partie de l'Ensemble de Trombones de la Picardie Maritime (ETPM pour les intimes), qu'il dirigeait à l'époque, pour tenir la basse. J'ai dit OK. Après quelques années au sein de l'ETPM, et après le projet Atom Heart Mother qui nous a pas mal occupés, j'ai été contacté par Brigitte de l'Harmonie d'Abbeville pour tenir de rôle de bassiste / contrebassiste. Comment résister ? J'ai dit OK. Depuis ce temps les occasions de faire de la musique ne se tarissent pas : projet "Au jour le jour", "Monday Big Band", et toujours l'ETPM et l'Harmonie. L'aventure House of Blues et l'une des dernières. C'est une aventure qui explose à la face du monde grâce aux talents personnels de chaque musicien. Tous ont su emmagasiner le groove durant des décennies de travail personnel et en groupe. Même si House of Blues est un groupe encore récent, il est composé de vieux singes à qui on a pas à expliquer comment faire la grimace. Par nos talents et nos expériences cumulés, nous avons su dès la commencement attirer les foules (merci Facebook) et la ferveur populaire dont nous restons à l'écoute.

Quelles sont tes influences ?

Beaucoup. On n'a jamais fait le tour. Il reste toujours à découvrir. Je me dis que ce qui ne plaît pas à mes oreilles maintenant, me plaira peut-être dans un mois. Donc mon attitude est de ne rien condamner ou railler. Il faut écouter une musique et passer outre le style et surtout le son. Souvent quand on n'aime pas quelque chose c'est souvent plus une histoire de son que de notes. Je dirais de base, que je ne me sens pas très proche de la musique classique. Mais, sans avoir su vraiment l'apprécier à sa juste valeur, la musique classique que je le veuille ou non fait partie de ma culture. J'ai évité de succomber aux effets de mode et dans l'adolescence, les Beatles m'ont accompagnés un bon moment. Ça bifurqué sur la musique des années 70. Puis les Pink Floyd qui eux-mêmes ont bifurqué vers le Rock Progressif. Le Rock Progressif m'a amené vers l'école du Jazz-rock progressif pour toujours liée à la ville de Canterbury (Caravan, Soft Machine, GONG et Robert Wyatt...). Puis la musique sérielle, Terry Riley, le post-Rock de Mogwaï ou Tortoise... Puis ça m'a amené au jazz-rock plus classique, puis au Jazz pur. Dans le Jazz, j'y suis rentré par le Hard-Bop. C'est un album de Horace Silver en 1999 "Jazz...Has...A Sense of Humor" qui m'a donné la claque du jazz. J'y ai découvert le rôle de la basse. Puis est venu naturellement le cool de Miles Davis, l'école de l'économie des notes, la musique modale. C'est d'ailleurs Miles Davis qui a dit : "Pourquoi jouer tant de notes alors qu'il suffit de jouer les plus belles ?" citation qu'arborait Francis sur son t-shirt ! J'y adhère totalement. Puis découverte des contrebassistes et surtout de Charlie Haden. De ce fait, vous aurez compris que je ne suis pas adepte de la musique ultra-technique. En tant que bassiste, je ne cherche pas à impressionner. Je n'ai pas besoin de ça même si c'est plaisant d'entendre parfois quelques louanges. Pour revenir au Blues, il s'agit d'une musique qui fait école quand on apprend la guitare ou la basse. C'est une musique qui a su s'affranchir des canons de la musique occidentale dans le sens où elle ne venait pas des milieux autorisés occidentaux (religieux, mécènes…) mais de la musique populaire improvisée d'Afrique. C'est une musique du monde que l'Occident a digéré et s'est approprié parfois d'un point de vue jusqu'au-boutiste (je ne comprendrai jamais le Rock identitaire). Donc quand on apprend un instrument "moderne" guitare ou basse, on ne passe pas par l'école de la rigueur classique et de la lecture, mais plutôt par les systèmes d'improvisation sur grille d'accords, reproduction des styles du Blues etc. C'est la première approche vers l'improvisation avant le jazz, la bossa nova ou même l'improvisation en musique classique. Il est donc naturel pour moi de citer le Blues comme influence car le Blues 12 mesures, c'est le premier truc que je sors. Ça fait partie des gênes culturels des guitaristes et des bassistes.

Un album Culte ?

De prime abord j'aurais dit un Pink Floyd, "Dark side of the moon", "The Wall" ou "Atom Heart Mother" ou pourquoi un Beatles comme "Sergent Pepper…" ou un Gong comme "Camembert Electrique". Pour le consensus bassistique, j'aurais pu citer "Jaco Pastorius" le premier album solo éponyme de la star de la basse. Mais je vais encore plus contraster mon choix avec le style de HoB et plutôt choisir un album de Robert Wyatt. "Rock Bottom", l'album toute en finesse et sensibilité ? Non plutôt le "Little Red Record" du groupe Matching Mole où R. Wyatt battait la mesure et pianotait. Album progressif, assez déjanté, de la musique improvisée mais planifiée. On commence à se rapprocher de la philosophie du Blues, même si au niveau sonore, nous sommes loin de la musique noire. Une histoire de pays (l'Angleterre), d'époque (le début des années 70) et de style (le progressif tendance jazz avant-gardiste électrique).

Quel matériel utilises-tu ?

J'utilise principalement une basse Fender Mexique Precision 50's équipé d'un double micro precision bass, de cordes filets plats et 2 potards ! The easiest way to reach the groove ! Je l'utilise sur le début du set, sur les morceaux plus "roots". J'utilise aussi une basse type Jazz Bass signature Roscoe Beck sunburst 3 tons, pour avoir une plus grand palette sonore qu'avec la precision. Elle a deux micros doubles splittables en simples, ou doubles série ou parallèle. Une usine à gaz quoi. Elle est montée avec des filets ronds (cordes modernes). Je l'utilise sur la fin du set là où il "faut envoyer du steak", comme on dit. J'ai une pédale de compression Electro Harmonix Black Finger juste après la basse, puis un simulateur d'ampli Tech 21 SansAmp des années 90 (le tout premier conçu pour guitare mais compatible basse) pour avoir un gros son d'ampli à lampes sans les défaut (prix, poids, fragilité) de ceux-ci. Je sors le tout sur un ampli est un AER amp one qui propulse, grâce à ses transistors, 200 watts pour 13 kg. Comme nous ne jouons pas comme des bourrins, 200 watts suffisent largement pour me faire entendre et gérer mon son sans problème. Au-delà de ça, pour plus de volume ou pour une meilleur diffusion "en façade" globale du son, il peut être repris dans la sono via un câble sortie XLR.

Question subsidiaire: Beatles ou Rolling STones ?

Beatles pour l'aspect mélodique et la grande variété des atmosphères, moins pour le côté boys band. Je n'ai jamais vraiment été attiré par les Stones par le passé. Maintenant je les (re)découvre bien plus volontiers.

Enfin, bière ou whisky ?

Bière. Le whisky ? Je n'aime plus le goût. Mais si c'est du bon (n'est-ce pas Fran ?)... ça peut passer.

Un message à faire passer aux autres ?

Salut les autres ! Je vous aime tous ! Je suis heureux d'avoir fait votre connaissance et connaissance de vos talents respectifs !

Un message pour votre public ?

Public... viens nous voir ! Tu ne le regretteras pas !!

 

Propos recueilli en septembre 2016 sur la scène Parisienne de la fête à Neuneu ...

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